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15 septembre 2010

Natacha Mougel et le mythe de la prison ferme

Quand je lis au travers des néo-médias les commentaires anonymes sur le meurtre abominable de Natacha Mougel par un criminel sexuel récidiviste, Alain Penin, je me dis que c'est l'occasion de partager un peu avec les gens l'incompréhension dans laquelle beaucoup de flics pataugent en matière d'emprisonnement, de récidive et de réinsertion.

« Comment peut-on relâcher des types pareils ?»
« Prison à vie pour ces monstres ! »

Éternel refrain, la population scandalisée s'offusque et les « responsables » demeurent dans l'incompréhension et la stupéfaction : « L'individu était pleinement réinséré. » nous dit-on. Tout était donc programmé, de façon légale. Et le meilleur reste qu'on ne retient aucune responsabilité à quiconque dans cette affaire. Ni les experts-psychiatres qui ont fait « le pari » d'une réinsertion possible, ni les juges qui ont suivi l'avis des experts, ni les personnes chargées de son suivi socio-judiciaire. On nous explique que tout fonctionnait à merveilles et que les conditions de sa libération conditionnelle étaient respectées scrupuleusement. Formidable.

Le doute d'une réinsertion possible doit-il bénéficier aux victimes ou aux criminels ?

Je trouve que c'est une bonne question, dans la mesure où l'évaluation du risque de récidive repose en France sur des critères douteux comme l'expression de regrets, une « conduite exemplaire » en prison, et en matière de crimes et délits sexuels, sur les analyses parfois divergentes de dits « experts psychiatres ». Comme le souligne l'institut pour la justice dans ses colonnes, on devrait se contenter d'une seule réponse quant à ces meurtres en récidive : c'est « la faute à pas de chance ». De qui se moque-t-on ? La réinsertion de ce type de criminels, est-ce une priorité pour nos enfants, ou pour nous-mêmes ; et qui cela intéresse-t-il vraiment ?

Il est quand même bon de rappeler ce que notre système judiciaire entend par « bonne conduite » dans nos prisons. Auparavant, un détenu qui faisait preuve d'une certaine détermination (comportement, volonté de dédommager la victime, réinsertion par le travail...) pouvait espérer à cette seule condition une réduction de sa peine. Mais désormais il est question de CRP ; le « crédit de réduction de peine ».

Concrètement, de nos jours, dès qu'un détenu met le pied en prison, il bénéficie automatiquement de réductions de peine et connait presque exactement sa date de libération. En cas de mauvaise conduite avérée... seul le crédit diminue ! Un permis à points carcéral en sortes.


Cette règle est la même pour tous les détenus, qu'il soit meurtrier en récidive, voleur qualifié ou violeur patenté. Ainsi, d'après un savant calcul, un individu condamné à 4 ans fermes n'en fera en réalité (et peu importe son comportement) que 3 ans et 3 mois... « réductions de peines complémentaires » non comprises, bien évidement. Ces réductions complémentaires étant accordées par le juge d'application des peines si le détenu affiche une volonté de se réinsérer (recherche d'un travail, suivi d'une formation, projet de vie...) ; ce qui est forcément le cas... il suffit parfois de s'inscrire en intérim.

Ajoutons que pour les peines et reliquats de peines de 2 ans ou moins, le régime de semi-liberté devient quasi-systématique. On fait ce qu'on veut de sa journée pourvu que l'on retourne en prison à 18h tapante. Si bien qu'il n'est pas rare du tout d'interpeller des criminels,... qui dorment déjà derrière les barreaux. (un exemple récent ici)

Beaucoup de peines prononcées dans les tribunaux correctionnels dépassant rarement les 2 ans, je te laisse faire quelques calculs. 30 000 peines de prison ferme restent inexécutées chaque année dans notre pays. Si l'alternative à la prison est devenue le cheval de bataille des tribunaux, on peut se poser légitimement la question de l'impact psychologique (sur les victimes, comme sur les auteurs) d'une remise en liberté immédiate d'individus reconnus coupables, mais condamnés à des peines de prison ferme trop faibles pour être exécutées, ou à du sursis.

Entre autres, contrairement à la pensée populaire, la prison à vie ou à perpétuité, n'existe pas en France. 30 années de réclusion, c'est le maximum, et encore, on ne parle pas là de « peines incompressibles ». Seules 2 personnes aujourd'hui bénéficient d'une peine réelle de 30 ans (dit à perpétuité) : Pierre Bodein et Michel Fourniret. Deux cas éloquents dont le cursus judiciaire est affligeant.

Au bout du compte, pourquoi s'étonner de la libération anticipée d'Alain Penin, condamné à 10 ans fermes, et redevenu libre avant d'avoir atteint la moitié de cette peine ? Le système est ainsi fait. Or s'il n'y a ni responsable, ni incompétent, qu'il ne s'agit pas non plus d'une « erreur » ; à qui cela profite-t-il ? Si la prison n'est pas la solution, l'alternative ne semble pas meilleure...


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Edito: Repris sur le site de l'institut pour la justice...
Pierre Bodein, condamné à 30 ans de réclusion criminelle en 1994, s’est retrouvé en liberté dès 2004, ce qui lui a permis de torturer et d’assassiner Jeanne-Marie Kegelin, 10 ans, Julie Scharsch, 14 ans, et Hedwige Vallée, avant d’être rattrapé.
Guy Georges n’a été condamné qu’à une année de prison, après une agression sanglante au couteau sur une jeune femme, alors qu’il avait déjà quatre tentatives de meurtre derrière lui. A sa sortie, il a donc pu recommencer, violer et assassiner sept jeunes filles.
Michel Fourniret a été condamné à cinq ans de prison pour une dizaine de viols sur mineurs. Sorti après 3 ans seulement, il a pu commettre huit viols et assassinats supplémentaires.
Francis Heaulme a également eu maille à partir des dizaines de fois avec la Police et la Justice, avant que son cas ne soit considéré comme assez grave pour mériter 30 ans de prison. Mais entre temps, il avait commis 9 meurtres.
Francis Evrard, condamné trois fois pour pédophilie, a été relâché en juillet 2007, ce qui lui a permis presque immédiatement d’enlever Enis, un petit garçon de 5 ans. Il a ensuite évoqué“ une quarantaine d’enfants ”. Mais le magistrat qui l'avait libéré avait lui aussi agi en toute légalité.

11 réactions sur le sujet. PARTICIPEZ !:

Dominique a dit…

Bonjour, merci pour cet article qui fait comprendre bien des choses, c'est comme cela en France, ni responsable, ni coupable. Un violeur en prison est irréprochable, il n'a pas l'occasion de commettre un forfait. Ce sont les victimes et les proches des victimes qui sont condamnés à une double peine. Cordialement

Bernard a dit…

1ere question : pourquoi ces peines jamais appliquées dans leur totalité ? Le phénomène n'est pas du tout nouveau pourtant.
2ème question : comment contrer le risque de récidive ?
3ème question : comment décider de la dangerosité d'une personne ? par le biais "d'experts" ? (je déteste ce mot).
4ème question : a-t-on réfléchit vraiment à des sanctions exemplaires, alternatives à la mise en cellule ?

Anonyme a dit…

Vive la peine de mort!

Bernard a dit…

Vive la peine de mort et vive les erreurs judiciaires...

Thomas a dit…

Je pense que si le doute doit bénéficier à un accusé, je crois que lorsqu'il est reconnu coupable, le doute de sa possible réinsertion doit absolument revenir aux victimes, à la société ; et ne doit pas être de la seule décision d'un collège d'experts psy sur lequel s'appuie un juge. Ces dits experts sont-ils formés en criminologie, et ont-ils déjà mis les pieds dans un commissariat ou dans un quartier dit sensible ?

Lilian a dit…

Bonjour,merci pour cet article qui me permet de dire que la justice française est vraiment incompréhensible, le monde à l'envers, je ne comprendrais jamais pourquoi un(e) tueur(euse)un violeur(se) se voit attribuer une remise de peine, pourquoi les peines ne sont jamais appliquées dans leur totalité et pourquoi lorsqu'il y a eu crime on ne soit pas emprisonné à vie,quand on ôte la vie à une personne on a plus le droit de retrouver la liberté surtout quand c'est un acte gratuit comme celui de Natacha pour assouvir une pulsion sexuelle, je dis Natacha parce-qu'il s'agit d'elle aujourd'hui mais il y en a des tas d'autres à qui c'est arrivé, la liste est longue malheureusement et beaucoup par des récidivistes et de plus en plusn quand la justice française va-t'elle comprendre ce qu'il se passe et prendre ses "vraies" responsabilités pour que ça ne se reproduise plus ? je pense malheureusement que ce n'est pas pour demain...

Thomas a dit…

Heureusement, tous les magistrats ne restent pas insensibles à ces réflections. Un exemple avec Philippe Bilger, avocat général célèbre à la cour de Paris,... et sur la toile.

Un lien vers son blog sur le même sujet : http://www.philippebilger.com/blog/2010/09/la-pens%C3%A9e-judiciaire-unique-a-encore-frapp%C3%A9.html

Anonyme a dit…

Il y a effectivement escroquerie à prétendre que la prison à perpétuité a remplacé la peine de mort.
La peine de mort existait, la prison à vie n'existe pas pour des raisons aussi diverses que prosaïques : coût d'entretien, surpopulation carcérale, incitation au calme, théorie éculée de la rédemption...
Toutes sont profondément injustes, contraires à la volonté du peuple et pourtant prises en compte de la manière la plus officielle par les
magistrats en charge de l'application des peines.

Anonyme a dit…

Juste une remarque. Il ne faut pas faire porter la responsabilité de cet état de fait à nos magistrats mais à nos députés. En effet, la loi prévoit que les CRP sont AUTOMATIQUES. De même nos chers députés ont récemment voté une loi qui fait que lorsqu'on est condamné à au plus deux ans de prison ferme, alors la peine doit obligatoirement être aménagée (bracelet, ou autre) avant même de commencer à être effectuée.
La justice est malade des lois plus que de ses magistrats, même si je suis d'accord sur le fait que ces derniers ne sont pas toujours exempts de fautes.

Vivi a dit…

La réponse à ce pourquoi est affligeante mais il me semble que comme souvent c'est bien l'argent qui est le coeur du problème ! Le nombre de places en prison, ou en hopital psychiatrique d'ailleurs est souvent limité et nos élus sont rarement fiers d'étaler sur des programmes électoraux qu'ils vont créer des prisons, ce n'est pas très vendeur, donc ces prisons, il faut bien les vider pour libérer des places, alors les remises de peines sont bien pratiques. Tout le monde s'accorde à dire qu'ils ne devraient pas sortir mais personne n'a envie d'avoir une prison dans le voisinage, c'est comme les aéroport, on adore partir en vacances en avion mais si l'aéroport s'installe au bout de la rue on s'insurge. Mais je m'égare. Tout ça pour dire que nous sommes tous d'accord pour dire que les méchants doivent rester enfermés mais qui veut réellement payer pour ça ? Qui va voter pour un maire qui veut implanter une prison au lieu de créer une école ou un square.
On sait mettre le système en face de ses dysfonctionnement mais que proposons nous concrètement pour nous donner les moyens de répondre à une société malade et violente ? Aurait on réellement les moyens de maintenir enfermés tous ceux qui ont une dangerosité potentielle ? Est ce que ce serait juste d'ailleurs de miser sur une récidive systématique par précaution ?
En tout cas il faut bien du courage pour exercer un métier où l'on est à la fois incompris, malaimé, et où on doit avoir l'impression de courir apres les memes personnes qui resortent et recommencent ! Chapeau !

Thomas a dit…

Donc il ne s'agit pas d'un problème d'argent (depuis le temps) mais bien de volonté. Nous vivons depuis trop longtemps avec l'idée que c'est la société qui est mauvaise et pas l'individu.