Je les envie. Ces insouciants. Cette masse innocente. Dehors. J'aimerai retrouver leur plénitude de cœur. Vraiment. Penser que ton prochain est d'abord quelqu'un de bien. C'est beau. Si seulement. Pourtant, ils sont bien là. Je les devine, tu sais. Je les vois partout. Combien de violeurs d'enfants, d'escrocs ou de cogneurs d'épouses t'as croisé sans le savoir ? Combien de victimes t'entourent en silence ? Dans le métro, dans la rue, en soirée, au bureau... T'en connais forcément. Tu l'ignores. C'est tout.
Moi, j'atterris chez eux parfois. Au hasard d'une journée. Elles ne se ressemblent jamais pour moi. Quelle chance. Mais si tu savais... Si tu voyais. Ce métier te bouffe. Et si c'était chez toi demain ? C'est quoi ton secret ? On en a tous un. Râleur ? Rabat-joie ? Je voulais pas changer. Pas à ce point. Mais on change tous, tu sais. Et ouais, j'ai signé. Je voulais le voir, tout ça. Toute cette merde. Et je l'ai vu. Je la vois encore. J'ai toujours un pied dedans à force de fouler le pavé ; de sauter les caniveaux. Faut croire que j'aime ça.
Détends toi. J'en fais toujours trop. Lourd, je sais. Mais je suis comme toi. Je l'étais. J'ai deux bras, deux jambes. Je ris. Je sais faire la fête, moi aussi. J'ai de beaux projets. Juste, t'ignores tout. Arrogante ignorance. Ça aussi, c'est pesant. On en voit du malheur, du non-sens et des fripouilles, tu sais. Toi, au pire, t'en croises un dans une vie. Moi, c'est du matin au soir. Ils déteignent. Ils me dégoutent.
Ouais. On en rit qu'entre nous. Cherche pas. Carapace. Comprennent rien, les autres. Ces insouciants. Me fatiguent. Pourquoi je vois le mal partout ? Marre de devoir expliquer tout le temps. Flics. Ce qu'on est. Ce qu'on fait, et comment. Ils n'ont pas ces images dans leurs têtes. Elles s'en vont plus après, tu sais ?
J'ai quitté le pays des bisounours, celui de l'insouciance, il y a un bout de temps ; et je suis dans ma bulle, de l'autre côté de ton trottoir. Faut une hallebarde pour la crever, et galérer pour traverser la rue. Rien à faire qu'être moi-même maintenant ; peu importe qui c'est et peu importe qui tu es. Fais avec.
8 réactions sur le sujet. PARTICIPEZ !:
Ton texte est un bel aller-retour entre découragement solitaire et fureur aboyeuse ; il me parle à la fibre interne, celle du flic, sans tomber dans la facilité du vieux con aigri.
C'est très bien vu, au point que je regrette de n'avoir pas trouvé cet angle moi-même. Merci.
Merci d'être passé Serge. Garde le cap. J'ai hâte de le lire le nouveau registre de main courante.
moi je suis innocente! mais pas bisounours pour autant hein.
ça faisait longtemps que j'étais pas passée chez vous, j'ai bien fait...
c'est bien vos textes.. vous en faisiez plein, "à l'époque"...
ENCORE!
Ben faut pas rester anonyme quand on glisse des clins d'œil. :) Merci pour le message.
Très beau texte. Continuez.
Brice; "Un gars de la maison d'en face"
Merci pour ton message Brice. Ta maison n'est plus tellement en face maintenant. Voyons ce que l'avenir nous réserve à tous.
Tellement vrai, tellement réel .... Je suis une innocente au cœur de Bisounours mais bien trop avertie. Bisounours, pour ne pas perdre Espoir dans l'Homme et dans la Vie. Avertie, l'expérience m'a apprise de rester sur mes gardes et ne pas tomber de haut.
J ai exactement le même sentiment que toi. J'ai beau avoir eu un père flic qui me parlait de tout ça, je me disais toujours qu'il exagérait.
Une fois rentré dans la boite je me suis rendu compte que malgré tout ce qu'il pouvait me dire il m'épargnait. La vérité est encore pire.
Comme toi je me dis que j'aimerais retrouver ma naïveté et mon innocence de citoyen lambda. Mais c'est impossible.
Alors je me rasure en me disant qu'au moins ça peut être un avantage.Le jour où je serai dans le rôle de la victime, ce ne sera pour moi que quelque chose d'ordinaire, alors que lorsque celui qui vit sur son nuage (Bisounours?) en tombe, la chute est bien plus douloureuse que lorsque l'on vit avec les pieds sur terre. Question de pesanteur.
Enregistrer un commentaire