2 heures du matin. Cette Peugeot 205 rouge était signalée sur les ondes il y a une heure à peine. Selon les riverains qui ne parvenaient pas à dormir, elle faisait du rodéo ; c'est à dire que le conducteur roule n'importe comment dans les mêmes rues, en faisant chauffer les plaquettes de frein et les pneus. Parfois il s'agit de jeunes qui rigolent avec des véhicules volés. On décide de la contrôler. Ils sont deux à bord.
Sans vraiment nous surprendre, le conducteur se stationne face au 64,... où une dizaine de besogneux squattaient le hall, tous une jambe sur un mur, les canettes de bières posées sur des boîtes aux lettres défoncées. On est trois, je prends le flashball avec moi. Le conducteur de la 205 ne prend pas de pincettes, et nous teste tout de suite. Normal, il a un public avec lui. Regard hautain, il gesticule dans tous les sens en posant des questions sur un ton agressif ; il refuse de subir une palpation de sécurité, il est imité par son pote. On ne sait toujours pas si c'est sa voiture, ni ce qu'ils ont derrière la tête. Il faut réagir vite.
Je manipule le flashball pour bien le faire remarquer à la meute qui sort lentement du 64. Petit à petit, on est encerclé. Mon chef de bord prend les choses en main. Il plaque pas vraiment en douceur le conducteur sur le toit de la 205 pour le palper. Mon autre équipier fait de même avec le passager. C'est à moi de faire le tampon avec les autres. Ça vocifère, les gens commencent à s'agglutiner aux fenêtres, et s'installent comme au cinéma. D'ailleurs on est parfois filmé. Curieusement, il n'y a jamais personne pour filmer des voleurs en pleine action...
Quand un contrôle devient houleux, il faut être intelligent. Ce qu'on veut, c'est identifier ce véhicule et s'assurer que rien de dangereux, ni d'interdit, ne se trouve dans leurs poches ; assurer notre sécurité est aussi notre priorité. Ce qu'ils veulent, c'est continuer à zoner jusque 4h du matin sans aller en garde à vue. Tout se joue là-dessus. A présent, les sacripants nous tutoient. La pression monte, je me place entre le collègue et le chauffard, dont les visages se distançaient de quelques centimètres à peine.
Je montre moins les dents, et demande au costaud quel est son problème exactement ; on veut juste voir les papiers de la voiture, et après il retournera dans son hall favori griller une cigarette avec ses potes. Il s'exécute, le collègue se met en retrait intelligement pour passer l'ensemble aux fichiers.
Voyant que ça se calme, insatisfait, un des gredins de la meute se met au milieu du contrôle et incite ses comparses à mettre les bouts. La pointe d'un tonfa le fait reculer. Avec sa petite casquette serrée au maximum et posée à peine sur le crâne, il interpelle le public : Regardez, c'est la BAC, ils se prennent pour des cow-boys. Ils feraient quoi sans leurs matraques et leurs flingues !
Il rigole et se sent invincible. Il danse, comme un rappeur, à un mètre de nous pour nous narguer. Je ne le quitte pas des yeux sans parler, il fait de même. Encore un jeu typique et idiot. Tu vas faire quoi avec ton flash ? Vas-y tire ! me nargue-t-il. Le véhicule appartient bien au conducteur et personne n'est recherché. On a eu ce qu'on voulait. On aura notre heure de gloire un autre jour, dans une autre configuration. Sûrement pas la nuit, en infériorité numérique, avec un public qui ne nous encouragerait pas. On remonte dans le véhicule de service sous des huées et des rires. J'ai envie de balancer quelques coups de flashball dans le tas, mais, effectivement ce n'est pas très déontologique...
Sans vraiment nous surprendre, le conducteur se stationne face au 64,... où une dizaine de besogneux squattaient le hall, tous une jambe sur un mur, les canettes de bières posées sur des boîtes aux lettres défoncées. On est trois, je prends le flashball avec moi. Le conducteur de la 205 ne prend pas de pincettes, et nous teste tout de suite. Normal, il a un public avec lui. Regard hautain, il gesticule dans tous les sens en posant des questions sur un ton agressif ; il refuse de subir une palpation de sécurité, il est imité par son pote. On ne sait toujours pas si c'est sa voiture, ni ce qu'ils ont derrière la tête. Il faut réagir vite.
Je manipule le flashball pour bien le faire remarquer à la meute qui sort lentement du 64. Petit à petit, on est encerclé. Mon chef de bord prend les choses en main. Il plaque pas vraiment en douceur le conducteur sur le toit de la 205 pour le palper. Mon autre équipier fait de même avec le passager. C'est à moi de faire le tampon avec les autres. Ça vocifère, les gens commencent à s'agglutiner aux fenêtres, et s'installent comme au cinéma. D'ailleurs on est parfois filmé. Curieusement, il n'y a jamais personne pour filmer des voleurs en pleine action...
Quand un contrôle devient houleux, il faut être intelligent. Ce qu'on veut, c'est identifier ce véhicule et s'assurer que rien de dangereux, ni d'interdit, ne se trouve dans leurs poches ; assurer notre sécurité est aussi notre priorité. Ce qu'ils veulent, c'est continuer à zoner jusque 4h du matin sans aller en garde à vue. Tout se joue là-dessus. A présent, les sacripants nous tutoient. La pression monte, je me place entre le collègue et le chauffard, dont les visages se distançaient de quelques centimètres à peine.
Je montre moins les dents, et demande au costaud quel est son problème exactement ; on veut juste voir les papiers de la voiture, et après il retournera dans son hall favori griller une cigarette avec ses potes. Il s'exécute, le collègue se met en retrait intelligement pour passer l'ensemble aux fichiers.
Voyant que ça se calme, insatisfait, un des gredins de la meute se met au milieu du contrôle et incite ses comparses à mettre les bouts. La pointe d'un tonfa le fait reculer. Avec sa petite casquette serrée au maximum et posée à peine sur le crâne, il interpelle le public : Regardez, c'est la BAC, ils se prennent pour des cow-boys. Ils feraient quoi sans leurs matraques et leurs flingues !
Il rigole et se sent invincible. Il danse, comme un rappeur, à un mètre de nous pour nous narguer. Je ne le quitte pas des yeux sans parler, il fait de même. Encore un jeu typique et idiot. Tu vas faire quoi avec ton flash ? Vas-y tire ! me nargue-t-il. Le véhicule appartient bien au conducteur et personne n'est recherché. On a eu ce qu'on voulait. On aura notre heure de gloire un autre jour, dans une autre configuration. Sûrement pas la nuit, en infériorité numérique, avec un public qui ne nous encouragerait pas. On remonte dans le véhicule de service sous des huées et des rires. J'ai envie de balancer quelques coups de flashball dans le tas, mais, effectivement ce n'est pas très déontologique...

3 commentaires:
Bonjour,
Merci pour vos recits. En tant que campagnard plutot privilegie gauchisant "tiersmondiste", comme dirait votre ministre de tutelle, je n ai aucun moyen de percevoir ce qu est cette vie a l interieur des banlieues, mis a part la caricature que nous servent les journaux en temps d'"emeutes".
L idee d'un blog ecrit par une personne confrontee a cette realite m'enthousiasme donc enormement. Malheureusement, internet est a la fois un outil de liberte, et de falsification.
Mettez vous maintenant a la place d'un lecteur de votre blog a l'anonymat force (chose sur laquelle je ne reviens absolument pas !) : comment je fais, moi, lecteur lambda, pour faire la difference un vrai flic qui intervient dans les banlieues et nous livre son experience et ses sentiments (parmi lesquels certains me choqueront peut-etre, mais je suis tout a fait pret a entendre que nous avons tous des avis differents), et un site inspire de faits reels, mais aux intentions nettement plus "politiques", c'est a dire manipulatrices (qui exprimerait alors la vision d'un groupe dont les intentions serait de manipuler mon jugement sur la question...) ?
J'avoue que je n'ai pas de reponse a cette question, et ne vous demande pas de vous expliquer ou vous justifier. Je voulais simplement vous exprimer le questionnement que suscite la lecture de votre blog.
Continuez donc, evitez la caricature qui ne ferait que renforcer mon doute, et bonne chance !
C'est vrai que vous pouvez avoir un doute, monsieur, sur la réalité des propos tenus sur ce blog.
Je suis moi même Gardien de la Paix et je peux vous dire que je suis sûr d'avoir à faire à un policier quand je lis ces récits, pour la simple raison que j'ai connu et connais encore aujourd'hui les mêmes situations.
Evidemment, pour vous, ce que j'écris n'est pas un gage d'authenticité et je le comprends bien.
Mais si tous mes collègues qui lisent votre message, qui est tout à fait compréhensible, vous répondent comme moi, alors peut-être que cela vous confortera à croire à ces récits.
Je peux vous certifier que ces histoires de flicards ne sont pas exagérées.
Je mets au défi n'importe quel Policier de terrain de dire le contraire.
Je confirme ces dires....
Parole de flic....
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